Les soirées

soirée etudiante

Il y a des événements qui font partie de la douceur de vivre, qui participent au bonheur collectif, c’est le cas des soirées. Alcoolisées ou non, elles sont destinées à rendre votre quotidien plus sympathique, plus supportable, plus admissible et surtout moins anonyme.

Bien entendu, c’est aussi l’endroit pour faire des rencontres, ravitailler votre moral de salarié, mais également pour assurer votre filiation et fonder un foyer. C’est encore la base le foyer familial même si la société moderne intègre beaucoup plus le solitaire qu’auparavant dans ses mécanismes.

Cependant, il est important de ne pas se laisser aliéner par les mots. Ainsi, le terme « soirée » n’a finalement aucune signification absolue quand on le détache de la définition que l’on veut bien lui donner et de notre relation subjective vis-à-vis d’elle. En réalité, il s’agit d’un symbolique que l’on peut traduire dans le réel par une rencontre organisée lorsque la nuit est tombée. Si l’on ne parle pas de rencontre, il s’agit alors d’un simple laps de temps ce qui est, a priori, une définition très pragmatique et pas très vitaliste. On ne veut pas non plus écrire cet article dans le but d’assécher le concept de soirée et de rencontres.

L’homme doit donc, par nécessité, se consacrer au travail durant la journée pour ne pas destiner son espèce à l’oisiveté, il privilégie le soir pour se consacrer à ses loisirs. Pire, il semble que l’humanité voire la religion ont pensé à maintenir des espaces de décontraction (journée sabbatique, le dimanche, qui est plutôt le jour de repos du samedi soir). Sous faux drapeau du principe de récupération (scientifiquement, travailler six jours sur sept ou bien tous les jours ne semble pas avoir d’impact notable sur la santé), ils ont mis en place un temps de rencontre, un temps d’opportunité, d’à-propos. Reste à savoir pourquoi l’on ne se repose qu’après le travail et que l’on ne baise qu’après un cycle d’exposition solaire. Puis on peut imaginer que troubler la frontière entre les loisirs et le travail peut rendre moins pénible ce dernier ?

Enfin, les soirées peuvent revêtir différentes formes. On a la soirée FIFA entre adolescents lycéens qui dégustent leurs bières bon marché avant d’aller se coucher en attente de révolution. Regarder des films pornographiques fait office d’exutoire répugnant à un désir encore mal projeté dans le réel. Les filles de leurs âges qui sont censées les accompagner préfèrent aller voir les générations d’hommes plus âgées tandis qu’eux ne peuvent pas solliciter les jeunes collégiennes.

On peut aussi se délecter d’une soirée en solitaire, le seul moment où l’on peut se regarder tranquillement la série des « Emanuelle », ces premiers films érotiques d’une beauté infinie, bien loin des « gonzos » actuels. À l’époque, c’était le ressenti qui comptait, on mettait sur l’écran une sensibilité, un partage et parfois même une philosophie.

On a également la soirée en couple, au coin du feu et devant une série américaine bien régressive et bien réconfortante, qui fait même un vrai carton auprès des autres gens. Ils ne savent pas trop quoi faire, comment faire, alors ils se font des activités qu’il est suggéré de faire à ce moment : regarder une série, en streaming de préférence pour manifester une fausse aptitude resquilleuse. Le cinéma une fois dans le mois et deux restaurants par semaine, tant qu’ils s’aiment, du moins qu’ils se glorifient réciproquement. Une raclette au début de l’hiver et une flopée de barbecues végétariens en août pour exalter l’apogée annuel de l’apport en énergie solaire. À ce propos, il paraît que cela ne sert plus à rien de manger de la viande ! Les fellations ça compte ?

Ensuite, on passera au processus de prêt immobilier irréfléchi qui leur permettra de posséder un cube isolé de matière solide (de la brique) d’environ dix mètres sur dix. Ils y résideront toutes leurs vies avant de le céder à leur progéniture qui pourra au mieux y habiter, au pire le louer.

Nous avons également les soirées libertines, moins courantes mais bien plus croustillantes. Couple de médecins, d’ingénieurs ou d’informaticiens, ce sont les grands-ducs du vivre-ensemble. On fait ce qu’on veut, on mange des grappes de raisin, on fait l’amour, on part en voyage au Japon. De vraies relations qui, finalement, ne sont plus très sexuelles puisque le tabou est intégralement évacué. Les soirées libertines se déroulent généralement dans des maisons d’architectes au cœur de forêt ou dans un milieu naturel, c’est également là que se préparent les grands complots internationaux.

Enfin, les soirées de trentenaires où l’on commence à mimer l’âge adulte, où l’on a fini de croire en la rupture, au rêve du lendemain meilleur ainsi qu’à toutes autres formes de révolution. On va chez un couple d’amis, avec sa fiancée, on reproduit les bonnes manières transmises, on s’adapte à l’impuissance, on amène une bouteille d’un vin réputé bonne et pour en être sûr on y met un bon prix. La fiancée est aussi conne que vous mais elle dort bien du fait qu’elle obtient hebdomadairement sa levrette, la position qu’on lui a suggéré de préférer au lycée, en critiquant la voisine de « mal-baisé ».

À la fin du repas, les plus ineptes d’entre eux vont jusqu’à mimer l’image d’Épinal du couple qui devait rentrer tôt à la maison mais qui doit à monsieur un retard imprévu. Vous les situez ? Lui qui exagère sa cuite et elle qui s’invente une fermeté dans un jeu théâtral inconscient, amusant parfois, mais tellement refait. Ce masochiste est capable de tenir sa promesse de passer la tondeuse le lendemain contre un contact buccal le matin même. En effet, faut pas exagérer, car l’anal ce n’est que le premier mai, ses parents sont communistes, du coup elle rejoue l’enculage, le trauma, l’intrusion dans son petit psychisme de bonobo raté.

Finalement, les soirées ont différentes significations et on vient de l’illustrer. Ce qui est certain, c’est qu’elle est tournée vers la rencontre des sexes opposés, d’une manière ou d’un autre. Les discothèques pour femmes, cela n’existe pas. Les rencontres sans lendemain si.